Elevé au rang du Grand Cordon admis dans l’Ordre des Héros Nationaux Lumumba-Kabila : Comment Etienne Tshisekedi est devenu Héros National ?


03 Jun

Le récit est d’un professionnel aguerri des médias. Il titre : ‘’LE JOUR OU IL EST DEVENU LE HEROS’’. Une manière pour lui de rendre hommages mérités par sa plume à la grande icône de la scène politique congolaise, Etienne Tshisekedi wa Mulumba. Il s’agit d’un nom bien connu dans les médias, Belhar Mbuyi qui note qu’Etienne Tshisekedi sera élevé à la qualité de Héros National de la RDC. Au-delà de la polémique légitime que cette distinction peut provoquer dans l’opinion, Belhar Mbuyi s’est fait le devoir de rappeler que l’homme avait ses lettres de noblesse depuis bien longtemps : ‘’c’est depuis le 17 janvier 1988 qu’il est entré dans le cœur de millions des Congolais comme le héros, celui qui, à l’instar d’un Moïse conduisant les Hébreux vers la Terre promise, guide son peuple vers la liberté’’, a-t-il fait remarquer avant de préciser : ‘’A la création de l’UDPS en février 1982, un problème devait finir par se poser : la désignation du Président de la nouvelle formation politique qui se destine à s’opposer au Maréchal Mobutu’’. Un des Treize parlementaires, le Pr Makanda Mpinga Shambuyi, en fin stratège, craignait un fratricide affrontement entre deux fortes personnalités : Joseph Ngalula Mpandanjila, doyen du groupe et Etienne Tshisekedi wa Mulumba, la personnalité charismatique de l’équipe. Makanda s’était sans doute rappelé l’affrontement mémorable entre les fils du Sud-Kasaï pour la désignation du ministre qui devait représenter la province dans le premier gouvernement du Général Mobutu en décembre 1965.  

Transmission des instructions et consécration de son fils pour parachever son oeuvre

 A l’époque, le général putschiste avait demandé à chaque caucus parlementaire provincial de lui désigner un candidat-ministre. Ça se passa bien partout sauf au Sud-Kasaï. Pas moins de cinq candidats étaient alignés et nul ne voulait céder sa place à un autre : l’ancien Empereur du Sud-Kasaï Albert Kalonji, son ancien Premier ministre Joseph Ngalula, le député Tshala Muana et le jeune élu Etienne Tshisekedi. Ce dernier refusa de s’incliner même devant son mentor en politique, le Mulopwé ! Il fallut une intervention du Gouverneur Jonas Mukamba auprès du Premier ministre, le général Léonard Mulamba, pour procéder par élimination et garder la candidature du seul Etienne Tshisekedi.

Aussi Makanda proposa-t-il de désigner consensuellement à ce poste le fondateur qui occupait dans le parti-Etat le rang protocolaire le plus élevé. Elu Commissaire politique en 1977, Frédéric Kibassa Maliba s’imposa tout seul.

On lui adjoint ensuite le même Joseph Ngalula comme premier Vice-président, Marcel Lihau Ebwa la Molengo comme deuxième vice-président et Vincent Mbwankiem Niaroliem comme troisième vice-président. Etienne Tshisekedi, lui, dût se contenter d’être un Secrétaire National comme beaucoup d’autres.

Notons par ailleurs que Tshisekedi en tant qu’élu avait déjà pris ses distances avec Mobutu suite aux massacres de Katekela. Ce qui a poussé les rédacteurs de la lettre des 13 Parlementaires de l’avoir au milieu d’eux.  

Jour J

Mais en cette année 1988, l’UDPS est en lambeaux. Nombreux parmi les fondateurs ont abandonné la lutte. Les derniers résistants, les Kibassa, Mbwankiem, Ngalula, ont intégré le Comité Central, le cœur du pouvoir MPR. Marcel Lihau est loin, à Boston aux USA. Reste Etienne Tshisekedi. Qui décide alors l’acte le plus téméraire jamais enregistré dans Kinshasa sous le régime Mobutu : tenir un meeting à la place Pont Cabu, le 17 janvier, jour d’anniversaire de la mort du Héros national Patrice Emery Lumumba. Des milliers des Congolais firent le déplacement, mais la répression fut au rendez-vous : des morts, des disparus, des blessés furent comptabilisés. Arrêté, maltraité, passé à tabac, Etienne Tshisekedi fut jeté, inconscient et tel un sac de maïs, dans une lugubre cellule de la prison de Makala où se trouvait un malfrat de renom, Bolamba. Ce dernier prit soin de lui, lui lava ses blessures et le rangea sur le lit. Tshisekedi fut même traîné jusqu’au CNPP afin que des médecins puissent attester qu’il est fou ! Le certificat signé, sous la contrainte par l’un d’eux fut brandi en début des journaux télévisés de l’OZRT, ancêtre de l’actuelle RTNC.

Quelques jours plus tard, Etienne Tshisekedi fut traîné à la Cour de surêté de l’Etat à l’Assanef, chemise maculée de sang, pour y être jugé. Des milliers des Congolais avaient pris d’assaut l’avenue du 24 novembre pour le soutenir. C’est ce jour-là que fut prise cette photo entrée dans la légende.

Ce jour-là, il devint le vrai patron de l’UDPS dans le subconscient collectif du peuple, la seule référence du combat démocratique au Zaïre, le guide qui montre le chemin. Ce jour-là, versant son sang pour la liberté, il devint, pour des millions des Congolais, le Héros. Tout simplement !

Mot d’ordre

Depuis ce jour, sa parole était exécutée par la population. Ses appels aux marches, aux villes mortes étaient suivis comme dans l’armée par toute la population. Il a inscrit sa vision dans les actions de la non-violence. C’est par ces actions qu’il a réussi, sans armes, à fragiliser le pouvoir du Maréchal Mobutu jusqu’à l’obliger à rouvrir l’espace politique en réinstaurant le multipartisme. Tshisekedi a chassé Mobutu de Kinshasa pour établir son Quartier Général dans son village qu’il a transformé en ville de Gbadolite.

A la Conférence Nationale Souveraine, il bat à plate couture le candidat de la Mouvance présidentielle. Pendant deux mois seulement, il a travaillé avant d’être révoqué par Mobutu. Il lui est reconnu le courage et la constance dans le combat. Il a suffi de son mot d’ordre pour démonétiser les billets de Zaïre monnaie de 5 Millions. Il a également donné l’ordre pour que les Nouveaux Zaïres ne soient pas consommés, au point d’établir trois zones monétaires au Zaïre : l’espace Kasaï avec les anciens Zaïres, Kinshasa et l’Ouest avec les Nouveaux Zaïres, mais sans les billets de Cinq millions qui étaient par contre acceptés dans l’ex Shaba redevenu Katanga.

Il n’a cédé ni à la force de l’argent, ni aux privations qui lui ont été imposées jusqu’à permettre à l’AFDL de gagner certaines villes sans effusion du sang. Mobutu parti, Laurent Désiré Kabila ferme une fois de plus l’espace politique. Il tente de réinstaurer le monopartisme à travers l’AFDL convertie en CPP, Comités des Pouvoirs Populaires. Etienne Tshisekedi va le contester. Encore des manifestations pacifiques pour contester les nouvelles autorités. Kabila va le reléguer dans son village à Mumpompa, dans le territoire de Kabeya Kamuanga.

Il est rappelé par Lubumbashi, lorsque la nouvelle guerre d’agression rwandaise veut atteindre Mbuji-Mayi. Mzée Laurent Désiré Kabila rouvre l’espace politique et relance les travaux du Débat National qu’il ne saura achever avant d’être tué le 16 janvier 2001 pour être remplacé par Joseph Kabila. Celui-ci relance les travaux du dialogue. A Sun City, Joseph Kabila signe avec Bemba l’Accord de Cascade. Tshisekedi s’y oppose jusqu’à obtenir la signature de l’Accord Global et Inclusif.  


Joseph Kabila aussi, va subir l’Opposition radicale d’Etienne Tshisekedi jusqu’à la convocation du Dialogue du Centre Interdiocésain en passant par les Concertations Nationales et le Dialogue de la Cité de l’Union Africaine.

  

C’est ce dialogue du Centre Interdiocésain qui a verrouillé une fois pour toutes la révision de la constitution, l’organisation du referendum et le troisième mandat de Joseph Kabila à travers l’Accord de la St Sylvestre que d’aucuns considèrent comme son testament qui a conduit à l’accession de l’UDPS à la magistrature suprême.

C’est donc avec raison qu’Etienne Tshisekedi soit élevé au rang de Héros National, un processus qui sera lancé certainement au Parlement.

JCN/BM


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