L’EXTINCTION DES ESPECES EST UN DANGER POUR L’HUMANITE


14 Jun
14Jun

1.000.000 espèces sont menacées d'extinction. C’est ce qui ressort d’une étude publiée au mois de mai de cette année par un groupe de scientifiques de plusieurs nationalités. La nature décline globalement à un rythme sans précédent, fait savoir le résultat de la recherche. Le taux d’extinction des espèces s’accélère et provoque des effets graves sur la population mondiale. Cette étude est soutenue par le rapport de la plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES). Le résumé de ce rapport a été approuvé lors de la 7ème session plénière de l'IPBES qui s’est tenue du 29 avril au 4 mai derniers à Paris.  

Il est encore possible de sauver la planète

« Les preuves accablantes contenues dans l’évaluation globale de l’IPBES et obtenues à partir d'un large éventail de domaines de connaissances, présentent un panorama inquiétant. L’état des écosystèmes dont nous dépendons, se dégrade plus vite. Nous sommes en train d’éroder les fondements de nos économies, de nos moyens de subsistance, de la sécurité alimentaire, de la santé et de la qualité de vie », a déclaré le président de l’IPBES, Robert Watson.

Le rapport nous renseigne qu'il n’est pas trop tard pour agir. La nature peut encore être conservée, restaurée et utilisée de manière durable par un changement transformateur. Par «changement transformateur», on entend un changement fondamental à l’échelle d’un système, qui prend en considération les facteurs technologiques, économiques et sociaux y compris en termes de paradigmes, d’objectifs et de valeurs.

Les États membres de la plénière de l'IPBES ont reconnu que, par sa nature même, un changement transformateur peut susciter une opposition de la part de ceux qui ont des intérêts attachés au statu quo, mais également que cette opposition peut être surmontée pour le bien de tous.

Le rapport d’évaluation mondiale sur la biodiversité et les services écosystémiques est le document le plus exhaustif réalisé à ce jour. Il s’agit du premier rapport intergouvernemental sur la question. Il s’appuie sur l’évaluation historique des écosystèmes pour le millénaire (Millenium Ecosystem Assessment). Élaboré par 145 experts issus de 50 pays au cours des trois dernières années, avec des contributions additionnelles apportées par 310 autres experts, le rapport évalue les changements au cours des cinq dernières décennies et fournit un aperçu complet de la relation entre les trajectoires de développement économique et leurs impacts sur la nature. Le document propose également un éventail de scénarii possibles pour les décennies à venir.

Des chiffres astronomiques qui doivent interpeller le monde

Basé sur une revue systématique d'environ 15000 références scientifiques et sources gouvernementales, le rapport s’appuie aussi sur les savoirs endogènes et aborde les questions relatives aux peuples autochtones.

«Les contributions apportées par la biodiversité et la nature aux populations sont notre patrimoine commun et forment le plus important filet de sécurité pour la survie de l'humanité. Mais, ce filet de sécurité a été étiré jusqu'à son point de rupture », a déclaré la professeure Sandra Díaz d’Argentine qui a co-présidé l'évaluation avec les professeurs Josef Settele d’Allemagne et Eduardo Brondízio du Brésil et des États-Unis.

Le rapport note qu’environ 1 million d'espèces animales et végétales sont aujourd'hui menacées d'extinction. Depuis 1900, les espèces locales dans la plupart de grands habitats terrestres ont diminué d'au moins 20 % en moyenne. Plus de 40 % des espèces amphibiennes, près de 33 % des récifs coralliens et plus d'un tiers de tous les mammifères marins sont menacés. La situation est moins claire pour les espèces d'insectes, mais les données disponibles sont provisoirement estimées à 10 % des espèces menacées. Au moins 680 espèces de vertébrés ont disparu depuis le 16ème siècle et plus de 9 % de toutes les races domestiquées des mammifères utilisées pour l’alimentation et l’agriculture avaient disparu en 2016.

« Les écosystèmes, les espèces, les populations sauvages, les variétés de plantes et les races animales diminuent. Le tissu vivant de la terre, essentiel et interconnecté, se réduit et s’effiloche de plus en plus », a déclaré le professeur Settele. Cette perte est la conséquence directe de l'activité humaine et constitue une menace directe pour le bien-être de l’humanité.

Pour accroître la pertinence politique du rapport, les auteurs de l'évaluation ont ciblé cinq facteurs responsables par ordre décroissant : les changements d’usage de la terre et de la mer ; l'exploitation directe de certains organismes ; le changement climatique ; la pollution et les espèces exotiques envahissantes.

Le rapport souligne que depuis 1980, les émissions de gaz à effet de serre ont été multipliées par deux, provoquant une augmentation des températures moyennes mondiales d'au moins 0,7 degré Celsius. Le changement climatique a déjà un impact sur la nature depuis le niveau des écosystèmes jusqu’à celui de la diversité génétique.

Des objectifs presqu’illusoires et chimériques

En dépit des progrès réalisés pour conserver la nature et mettre en œuvre des politiques en faveur de celle-ci, le rapport met aussi en évidence les trajectoires actuelles qui ne permettent pas d’atteindre les objectifs mondiaux visant à la conserver et à l’exploiter durablement.

Les objectifs pour 2030 et au-delà ne pourront être atteints que par un changement dans les domaines de l’économie, de la société, de la politique et de la technologie. Avec seulement quatre des vingt objectifs d’Aichi pour la biodiversité présentant des progrès réels dans leurs déclinaisons, il est probable que la plupart d’entre eux ne soient pas atteints 2020. Les tendances négatives actuelles concernant la biodiversité et les écosystèmes vont freiner les progrès en vue d’atteindre les objectifs de développement durable dans 80% (35 sur 44) des cas où les cibles ont été évaluées ; en particulier celles liées à la pauvreté, à la faim, à la santé, à l'eau, aux villes, au climat, aux océans et au sol. La perte de la biodiversité est donc non seulement un problème environnemental, mais aussi un enjeu de développement.

Les principaux facteurs indirects de la destruction de la planète, comprennent la pression démographique surtout dans le Tiers-Monde, la consommation par habitant et l'innovation technologique. Une tendance qui émerge est celle dite de l’interconnectivité mondiale et du « telecoupling ». Dans ce cas, l'extraction des ressources naturelles a lieu dans une partie du monde pour satisfaire les besoins des consommateurs vivant dans les régions nanties.

D’autres résultats majeurs du rapport sont à prendre aussi en compte

Les trois quarts de l'environnement terrestre et environ 66 % du milieu marin ont été significativement modifiés par l’action humaine. Plus d'un tiers de la surface terrestre du monde et près de 75 % des ressources en eau douce sont maintenant destinées à l’agriculture ou à l’élevage. La valeur de la production agricole a augmenté d'environ 300 % depuis 1970, la coupedu bois a augmenté de 45% et environ 60 milliards de tonnes de ressources renouvelables et non renouvelables sont maintenant extraites chaque année dans le monde.

La dégradation du sol a réduit de 23 % la productivité de l’ensemble de la surface terrestre mondiale. Une partie de la production agricole annuelle mondiale d’une valeur marchande pouvant atteindre 577 milliards de dollars US, est confrontée au risque de disparition des pollinisateurs. 100 à 300 millions de personnes sont exposées à un risque accru de catastrophes naturelles à cause de la perte des habitats côtiers et de leur protection. Les zones urbaines ont plus que doublé depuis 1992. La pollution par les déchets plastiques a été multipliée par dix depuis 1980. Environ 300-400 millions de tonnes de métaux lourds, solvants, boues toxiques et autres déchets issus des sites industriels sont déversés chaque année dans les eaux à travers le monde. Les engrais qui arrivent dans les écosystèmes côtiers ont produit plus de 400 « zones mortes» dans les océans ; ce qui représente environ 245.000 km2, soit une superficie totale plus grande que le Royaume-Uni, indique le rapport.

Les tendances négatives de la nature continueront jusqu’en 2050 et au-delà sauf dans les cas des scénarii politiques explorés dans le rapport, sauf dans ceux qui proposent un « changement transformateur ». Cela en raison de l’impact qu’aura l'augmentation du changement d’usage de la terre, l'exploitation de certains organismes et le changement climatique avec les différences significatives selon les régions.

Le rapport présente également un large éventail d’exemples d'actions en faveur du développement durable et les trajectoires pour les réaliser dans les secteurs tels que l'agriculture, la foresterie, les écosystèmes marins, les écosystèmes d'eau douce, les zones urbaines, l'énergie, les finances et bien d'autres. Le document souligne combien il est important d'adopter une gestion intégrée et des approches intersectorielles qui prennent en compte les compromis entre la production alimentaire et celle de l’énergie, les infrastructures, la gestion de l’eau douce et des zones côtières ainsi que la conservation de la biodiversité.

En vue de créer une économie mondiale durable, l'évolution des systèmes financiers et économiques a également été identifiée comme un élément clé des politiques futures plus durables. Elle s'éloigne du paradigme actuel trop limité de la croissance économique.

« L’IPBES présente aux décideurs une base scientifique fiable, les connaissances et les options stratégiques pour qu’ils les analysent », a déclaré le Docteur Anne Larigauderie, secrétaire exécutif de l’IPBES.

              DOSSIER DE LA REDACTION

Commentaires
* L'e-mail ne sera pas publié sur le site web.